RESIGNATION

Mes espoirs sont des minutes
qui se collectent en secondes
affamées d'avenir.
Il faudrait renaître
pour aller à l'essentiel,
au paroxysme de ses hésitations,
pour reconquérir son temps
et le manager rentablement.
Le monde de l'argent
et de la suffisance!
On n'a pas besoin de talent
si l'on a de quoi
financer sa médiocrité.

J'en connais de bien pitres!
Quand approche le moment
de faire les comptes
je deviens humble
mais respectable
de n'avoir cédé
à aucune tentation
de notoriété généreusement monnayée.
Je resterai dignement
dans l'anonymat.


ESPOIR

Cette veine qui bat mon temps
là, à mon poignet,
ce sang qui irrigue encore
le chapelet de mon espoir,
je voudrais le brancher
au creux de ton bras.
Je voudrais qu'un chahut
de mots ardents
enveloppe cet état de plénitude
où je te reconnais.
Je voudrais
que tout autour de moi
les feux follets de l'été
ridiculisent l'acharnement
d'un hiver ténébreux.
J'ai dans mes racines
des sèves secrètes
fortes à te porter
aux plus fous de mes rêves.
J'ai des serments de misère
qui me canalisent
vers ton image.

Je suis un gueux
qui sera prince.

Quand je te sens
au bout de mes pinceaux
la solitude devient paisible
et mes angoisses se perdent
dans mes labyrinthes.


LE PRINTEMPS

C'est arrivé!
Les feuilles sont tombées.
C'était pourtant prévu.

Viendra bien la fleur!
Ça sent bon les fleurs;
ça vous prend aux racines,
ça vous porte dans la sève
et ça vous laisse
ivre de vie.

Alors on se surprend
une montagne dans la main
et l'on va cuire son pain
dans un four de lumière.
Ça sent bon!
La mort est vaincue.
C'est un blé neuf qui pousse.


LA ROUTE

De la naissance à la mort
la route s'étire en bilieux intestins.
Des cortèges humains
s'y démènent.
Le père marche devant.
Derrière, ça tonitrue.
Ça se volaille
en tous sens
avec cette exaltation
d'épuisement,
de dernier souffle.
Un essaim de mouches
semble faillir à tout moment
comme une multitude
de points explosifs
prêts à s'incendier.


DEPRESSION 2

Quand nous n'aurons plus
que le dernier cierge à suçoter
nous pourrons alors baisser les bras
usés mais non vaincus.
Nous n'aurons pas eu
l'inespérance de la vie.
Les mots s'abreuvent
de la sueur de leur ivresse
vers des dunes inamovibles
et pourtant constamment changeantes.

Il y a des cris qu'il faut taire
pour ne pas perturber
son propre silence.
Et ce vacarme du silence
qui le connaît vraiment?

Mais de quoi sommes nous donc faits
pour ne pas oser éclater?

Les oiseaux se sont dissous
désormais muets.
Alors je broie du noir
je broie du rouge
je broie du bleu
je broie mon passé
en teintes vives.
Là est mon cri.
Là est mon avenir sans futur.

Demain c'est loin.

C'est incommensurablement loin!


RIRE D'OISEAU

Dans le silence de ton sourire
il y a une goutte de sang
qui vient doucement couler
sur la brume de mes matins d'automne.

J'ai froid.

Mes mains s'accrochent
à des restes d'espoir.
J'ai une vie inachevée
des idées ininterrompues.
Les mots se sacrifient
sur mes lèvres brûlantes
pour te dire encore
que le soleil
est capable de faire rire les oiseaux.


PLUS TARD

Demain ou ultérieurement
je vais bien finir par mourir.
Il ne me restera
que des souvenirs de toi
pour caler ce qui survivra de nous
entre mes os solitaires.
De toute façon si je meurs
ce sera par oubli de vivre.

J'ai toujours oublié de vivre hors de toi.


REVEIL

Depuis que ma vie me cherche,
j'ai cru que mes yeux
fatigués de s'écorcher
aux façades de vieux murs
insalubres
allaient s'aveugler
aux restes des gargouilles d'une enfance
de jeune garçon sans avenir
comme une envie de vivre
mal déglutie.

Jour sans foi
jour sans avenir
jour d'espérance…

Tu es venue.
J'ai retrouvé que j'avais peut-être une histoire.

Je ne veux plus me taire
tu es venue!


FAITS D'HIVER

Hiver froid.
Hiver de morts.
Encore aujourd'hui il y en a eu.
Morts de froid,
morts de rien, morts de vide.

On en parle au coin du feu…
Une faille grandissante
appelle à des secours hallucinés.
Mais demain?
Si j'étais le mort de demain?
Ou celui de ce matin?
Moi qui ne puis plus aider personne
je suis déjà peut-être l'un des leurs.
Leurre d'une vie avortée
par une tricoteuse sur le qui-vive
ou sur le qui-meurt elle aussi.
Vas savoir?
Liberté - Égalité - etc...
Des oiseaux de cristal
se voient crucifiés
par leurs propres ailes.


image: Dimanche l'ennui
image: La fenêtre ouverte
image: La folie
image: Matin d'hiver

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