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CONTOURS ET DÉTOURS

LA NUIT

Les chats gris de la nuit
s'activent dès l'aube.
Tout un monde
court vers son salaire,
vers ses loteries,
vers ses cinq à sept,
vers ses emplettes,
vers ses ambitions,
vers ses contraintes administratives.
Ça fourmille.
La nuit par contre,
ils s'enveloppent d'autres envies,
d'autres illusions,
d'autres appétits,d'autres secrets .
Ils vont en boîte,
La drague dirige la sono.
C'est la frime!
L'alcool électrise,
une l'illusion de vie de paillettes.
Des flashs de lumière à rendre fou,
des oreilles assourdies
et malades de sonorités encombrantes.
D'autres convoitent des fantasmes
plus secrets: il s'échangent...
La nuit il faut montrer patte blanche
partout où l'on va.
La nuit n'est pas ouverte à tous !
Quand la patte n'est suffisamment blanche,
elle se voit congédiée.
Alors, éclatent les bagarres de la nuit.

Plus loin, en des repaires moins néons,
il y a la nuit des infortunés qui se tortillent
sur une grille de métro,
ou sous des cartons
pour un minimum de chaleur.

Tout ce monde de la nuit
s'évapore au petit jour;
les uns remettent leur costume cravate
pour retourner dans leur dignité,
les autres moissonnent les ordures
pour engranger
de quoi vivre une journée.


PAYSAGE

Quand j'aurai fait
tout le tour de ton paysage
je serai devenu très vieux.

Aurai je eu le temps de te découvrir
avant que tu ne t'essouffles?
Il est des jours
où l'on voudrait
se rebâtir toute une vie
avec ce qu'on a fuit.
Être le fil sur lequel on n'a pas osé
défier son équilibre.

Être ce dont on a peur.


VIE DE CHATEAU

Quand on n'a plus rien à entendre
que le murmure des quatre murs éternels
et pourtant si bruyants
on se sent humble et silencieux.

Rien à répondre
que sa propre détresse.
Alors on se tait
on se respecte
on fini parfois par se haïr!
Dehors c'est différent,
L'air a une odeur de vie
les murs éclatent
on se sent minuscule
et néanmoins nécessaire.
Là est la victoire.
(écrit lors d'un séjour en hôpital psychiatrique nommé: Le Château)


COULEURS

Midi.
Le soleil auréolé de doutes noirs brûle le cerveau de sa toute puissance jaune, inaltérable. Le corps
s'impatiente. Les vêtements pèsent.
Jaune comme le chatoiement d'une étoffe légère qui glisse sur la peau. Jaune comme si toute vie devait se surprendre là, comme un souffle épuisant que l'on retient. Jaune comme une jouissance salvatrice qui voudrait pénétrer l'enveloppe charnelle pour que tout implose, pour que rien de confus ne demeure. Jaune comme les sensations de l'immuable.
Le corps brûle du désir de tous les soleils que l'on n'a pas su aborder.
Les images se bousculent. Le cerveau est effervescent. Et toi ma radieuse ténébreuse, tu m'incites à vivre encore plus loin; à aller au bout de la folie qui fait la vie belle, quand ton regard d'ombre vient m'apporter l'apaisement d'un rayon de soleil sensuel. Le désir est là. Vrai. Extatique. Irréel. Fallacieux. Dangereux.

Et je rêve d'aller vers toi, là ou le rouge de la passion et de l'ancrage m'attire. Rouge comme cette goutte de sang qui réveille le soleil couchant quand je n'ai plus à vivre que cette cicatrice éteinte qu'est mon nombril.
Pauvre aveugle!
Pauvre orphelin!
Le rouge du cordon ombilical des passions s'épuise dans son parcours du cœur battant.
Le soleil couchant apaise. L'ardeur du jaune se fane. Le soir approche.
Le rouge est servi. Qu'on ne s'y trompe pas, il est là pour incendier la vie. La tendresse devient ardente en même temps que la peur s'installe. Et tu as ta tête sur mon épaule. Un baiser sur ton cou. Ma clé dans la serrure. Et toi dans mes pensées. Et moi, émoi, émoi...

Dans le métal de la nuit, je m'invente le bleu qui va vers mon blues en écorchant sa guitare.
Dans la confusion des fumées de cigarettes et d'alcool, je cours vers toi mon héroïne, ma blanche! Je cours vers toi comme un sprinter qui ne pourra plus s'arrêter.

Il va falloir que le jour se lève pour retourner
dans ma vie, quand la pâle lueur bleutée
d'un autre jour tente un brouillon d'espoir.
Tout redevient calme.
Je m'assieds sur un banc.
La fraîcheur liquide du petit matin encourage à aller encore une fois vers la pureté, vers l'immuable.

On se sent presque Dieu !


CE SOIR

Ce soir j'ai envie de te dire,
J'ai envie de me partager,
j'ai envie de ne pas être moi.

Ce soir je suis toi.

Ce soir j'ai les tristesses
de tes larmes sur mon épaule
quand une chanson
pourtant si belle…
Ce soir
l'orfèvre attise ses couteaux
pour que la nuit soit bien ciselée.
Je sais déjà qu'il n'en restera
que de l'or.

Ce soir ma Douce…
Mais pourquoi ce soir?
Alors que tous les soirs
et tous les jours
c'est par toi que je vis.
Ce soir c'est la fin du printemps.
L'été va venir tonitruer.
Ce soir
c'est par toi
que je vais trouver demain.


DEPRESSION 1

Rêves de feux follets
les morts ont des pensées étranges.
Les lumières de la nuit
plongent dans l'irrationnel
- Comète des songes -
- Rêves d'identités clairsemées -
Je me noie dans l'ivresse
ardente d'un irréel domestiqué.
J'ai besoin de naître une dernière fois.
Je veux vivre dans un monde
de fantasmagories,
démiurge de mes viscères,
irascible,
avec une vraie vocation
celle de connaître
et de savourer
les joies de la mort.

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image: Tribulations nocturnes
image: Dépression